Gérard Haddad dresse dans ce livre la longue liste des fratricides perpétrés dans la Bible. Ils sont nombreux. Le premier est celui de Caïn qui tue son frère Abel. Ce crime nous dit l’auteur est la manifestation de cette Invidia, déesse de l’envie et de la jalousie qui arme le bras des frères à chaque génération. Celle qui suggère à chaque frère l’insidieuse question : quel est le meilleur, le plus aimé, celui qui est choisi ? Cela apparaît bien en lien avec la question œdipienne : qui héritera du père, de son phallus, de sa puissance. Bien d’autres luttes fratricides se succèdent dans la Bible Ismaël et Isaac puis Jacob et Esaü, Joseph et ses frères, Salomon et Adonias. Il s’agit pour l’auteur de la manifestation du complexe de Caïn dont l’explicitation a été gênée par la prépondérance du complexe d’Œdipe dans l’histoire de la psychanalyse. La première querelle de Freud avec Alfred Adler, suivie de l’exclusion de ce dernier, eut pour objet entre autres la question fraternelle. Ce fut le premier chapitre d’une longue histoire qui se poursuivit avec la rupture avec Jung et se prolonge de nos jours dans les luttes entre multiples écoles et chapelles. Freud aurait craint que la promotion du complexe de Caïn fasse de l’ombre au thème fondamental du complexe d’Œdipe. Ce serait la raison historique de la difficulté de son émergence.

Gérard Haddad voit l’explicitation de ce complexe de Caïn, chez Lacan, dans le néologisme de frérocité condensation de fraternité et de férocité.

La fraternité écrit Gérard Haddad résulte de la loi du père énoncée : « Tu ne tueras point » et « Ton frère vivra avec toi ». Au bout du compte, l’amour fraternel n’est pas un sentiment premier, originel. Il est le produit d’une lutte personnelle et collective pour dépasser la violence qui nous habite.